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Atteinte à la santé des salariés de France Télécom /Orange

mercredi 9 avril 2014, par Webmestre

Intervention de Jean Luc Molins, cadre France Telecom, syndiqué UGICT-CGT

Présenter le cas de France Télécom en 5 minutes est une gageure. J’ai donc fait des choix et je passerai vite sur ce qui a déjà été évoqué, notamment par Danièle Linhart dans son intervention.

Historique / causes

Tout le monde a en tête la médiatisation, été 2009, des suicides à France Télécom. Mais peu de personnes savent que 10 ans auparavant la CGT avait mené une bagarre durant un an pour obtenir la mise en place d’une commission stress au CHSCT national de l’entreprise (obtenue en 2 000). Cela correspondait à la nécessité d’agir face à un malaise persistant, qui ne faisait que s’amplifier, lié aux méthodes de management, aux réorganisations incessantes, au bouleversement des métiers, à la difficulté des personnels à se projeter dans son avenir professionnel.

Eté 2009 : Médiatisation des suicides à France Télécom et débrayages massifs dans les services touchés. La spécificité des suicides est moins leur nombre que le fait qu’ils soient commis sur le lieu de travail. La direction change de posture et passe d’une position de déni à la reconnaissance du malaise. Elle engage plusieurs chantiers de négociation avec les syndicats, gèle les projets de réorganisation et les mobilités forcées, recrute des RH de proximité.

Juste avant moi intervenait une médecin du travail. La non prise en compte des avis et des alertes des professionnels intervenant sur la santé et la situation au travail des salariés et aussi une caractéristique de la période. France Télécom était en train de supprimer des postes d’ergonomes du travail.

Le parallèle entre dérèglementation / privatisation et la dégradation des conditions de vie et de travail des salariés permet d’éclairer sur les causes.
- 1996 : transformation France Télécom SA
- 1997 : ouverture du capital
- 2000 : acquisition d’Orange au prix fort (50 milliards d’€)
- 2000 : bulle internet
- 2002 : changement de PDG (Breton / Bon) record mondial d’endettement suite au monopoly capitalistique : 70 milliards d’euros de dette !
- 2004 : l’Etat passe sous la barre des 50% d’actions
- 2005 : mise en place du plan NEXT (suppression de 22 000 emplois pour son volet « social »)
- 2007 : fin de la minorité de blocage de l’Etat

Entre 2005 et 2009 les effectifs passent de 196 000 à 167 000 salariés (- 29 000).

La dérèglementation du secteur des télécoms, comme pour les autres secteurs (transport, énergie, etc) est venue des Etats-Unis et est matérialisée en France par la loi Rocard Quilès du 2 juillet 1990.

La dérèglementation des Télécoms porte en elle les germes d’une attaque contre l’emploi sans précédent. Sur le plan quantitatif (suppression de dizaine de milliers d’emplois dans la branche télécom qui va naître), et sur le plan qualitatif : baisse des droits et garanties avec la mise en place de la CCNT et une attaque contre le contenu des métiers. Les salariés sont confrontés à une révolution culturelle qui les dépossède de leur savoir-faire qui faisait la noblesse de leur métier. Les gestionnaires, au mauvais sens du terme (c’est-à-dire les financiers purs), prennent le pouvoir au détriment de toutes autres considérations. Au-delà de l’emploi et du contenu des métiers, c’est la remise en cause des investissements et de l’excellence en matière de recherche ; quel chercheur ne connaissait pas le CNET ! On a basculé dans une logique marchande pour créer de la valeur pour les actionnaires et les banques. Le résultat est la financiarisation des Télécoms.

Les solutions

L’UGICT-CGT travaille depuis des années sur le management, comment combattre le Wall Street Management. Nous proposons une alternative qui vise à construire le management autour de trois axes :
- Celui de la reconnaissance des qualifications, et en 1er lieu par le niveau de salaire
- Ensuite sur les moyens pour exercer ses responsabilités professionnelles et sociales. Les deux à la fois. A l’UGICT, nous voulons agir pour permettre aux cadres d’être « professionnellement engagés et socialement responsables ».
- Enfin sur le sens du travail et le respect de l’éthique professionnelle.

La FAPT-CGT porte un vrai service public de la communication avec la réappropriation publique de la branche des télécoms.

Il s’agit dans ce cadre :
- d’investir dans le réseau du futur (fibre optique jusque chez l’abonné) : coût environ 30 milliards (c’est le montant versé en dividendes aux actionnaires depuis la privatisation). Le plan fibre gouvernemental s’arrête à 4,5 milliards (il n’y en aura pas pour tout le monde tout de suite !)
- de lutter contre l’intensification du travail : donc embaucher. Actuellement les dividendes sont à 0,8 € par action. 0,38 € représentent 15 000 emplois.
- reconnaître les qualifications en 1er lieu par le salaire. 1 centime d’€ de dividende représente 1% de hausse de salaire pour tous les salariés d’Orange.
- redonner du sens au travail en réhabilitant la dimension collective du travail et en remettant la qualité au centre du travail
- en reconnaissant aux cadres leur rôle contributif dans les choix de gestion et en orientant le management vers la restauration et l’animation du collectif de travail ainsi que le partage de d’expérience et de sens.

Sur ce dernier point, il s’agit en particulier de permettre la « dispute professionnelle », chère à Yves Clot, dans les collectifs de travail. Permettre l’élaboration de solutions collectives, définies de manière commune et donc partagée, à partir des difficultés rencontrées dans le cadre de l’exercice professionnel.

Pour terminer, au-delà de chaque secteur professionnel, il s’agit maintenant d’être toujours plus nombreux à agir pour porter ces revendications. C’est le sens du syndicalisme interprofessionnel de la CGT. Et le prochain rendez-vous pour agir tous ensemble, c’est le 1er Mai !