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FERC CGT

Intervention FERC OFCT

mercredi 9 avril 2014, par Webmestre

Intervention de Françoise Lignier, animatrice de l’Observatoire Fédéral des Conditions de Travail (OFCT) de la FERC CGT.

Faut-il continuer de parler de « dégradation des conditions de travail » alors que les conditions mêmes d’exercice du travail arrivent à tuer aujourd’hui, dans des secteurs qui étaient jugés relativement protégés par rapport au reste du salariat ??

Notre Observatoire fédéral des conditions de travail- l’OFCT- a recensé, uniquement à partir d’une quinzaine de sentinelles du travail réparties en territoire, 40 suicides en 2013, avec mises en cause radicales du travail, et ce, dans les champs de l’éducation, la recherche, la culture. Nous savons ce chiffre bien inférieur aux réalités. Nous pensons que d’autres processus sont à l’œuvre, bien plus graves qu’une dégradation supplémentaire des conditions de travail.

Au-delà de la question des suicides, c’est tout le réel du travail qui nous dit la généralisation du mal être, de la violence des rapports sociaux dans les établissements, celle de la détresse, de la souffrance.
Ce mal être et ces souffrances ne sont pas différentes de celles des autres travailleurs.

Comment comprendre de tels dégâts quand la directive de 89 fait obligation, juridiquement supérieure à tout pouvoir de direction, de préservation de la santé physique et mentale de toute personne en situation de travail ??

Bien sûr, il y a eu toute cette armada de réformes, armada qui entend nuire davantage avec des projets de fusions, de restructurations. Ce ne sont pas des finalités mais des outils libéraux pour ouvrir à la sphère marchande des champs historiquement en dehors des logiques d’accumulation du capital.

Ce sont les travailleurs qui paient la facture. Le quotidien, c’est le surtravail, la polyvalence, la pluricompétence, les organisations du travail schizophréniques, des managements violents, des objectifs inatteignables, des exigences croissantes. Il faut toujours plus de compétences et de qualifications quand celles-ci sont en même temps déniées, méprisées, mal rémunérées. C’est aussi la culpabilisation permanente parce que l’Etat a transféré la responsabilité de l’accomplissement des missions, la continuité de celle-ci sur nos épaules.

Le travail aujourd’hui, c’est un sport de haut niveau mais sans médailles et podiums pour les travailleurs qui sont des athlètes malgré eux, des acrobates.

Et malgré tout, les établissements tournent car chacun s’obstine à faire son travail correctement, utilise toutes ses ressources pour continuer à faire du bon et beau travail. Ce sont là des formes de résistance importante, à partir des métiers, qui sont massives bien qu’individuelles et surtout encore invisibles pour le syndicalisme. C’est ce qui explique la nature des récentes attaques. Elles portent et vont porter plus lourdement encore contre les métiers, puisque c’est le carré de résistance des travailleurs. Ils ne sont donc pas soumis mais mobilisés dans leur métier.

Cela donne au syndicalisme énormément de perspectives, à condition qu’il mette en lumière ces combats souterrains pour ne pas rester hors sol, hors réalités du travail.

C’est pourquoi la Ferc CGT a crée son Observatoire fédéral des Conditions de travail. Pour les organisations, c’est un lieu de création de la pensée, de création d’outils et de démarches à partir d’un statut qui est donné à la parole des travailleurs car ce sont eux les meilleurs spécialistes du travail, ce sont eux qui l’exercent et en connaissent l’utilité sociale, les finesses, les règles d’art, les risques. C’est l’outil qui remet la question du travail au centre de l’activité syndicale. L’OFCT a crée son réseau de sentinelles du travail dans les établissements. Ce sont elles qui l’alertent.

Face aux organisations actuelles qui ont pour objectif de déposséder les travailleurs de leur travail, l’OFCT propose des outils et non pas du prêt à penser (par exemple, il n’est écrit nulle part dans le marbre que seuls les travailleurs doivent être évalués et nous avons donc créé des repères, des critères pour qu’ils puissent contre évaluer leur travail, son organisation, ses conditions, leur hiérarchie) des formations, des campagnes (mettons nos travails en lumière, témoignons) pour reprendre la main sur le travail. Il faut sortir de la sphère de l’employeur qui est celle de l’emploi et de ses normes, pour retrouver celle qui nous est propre et génère du droit, des solidarités, celle du travail. Nous travaillons à recréer les conditions du temps et de l’espace pour que le travail soit remis en débat à fin de reconstruire des collectifs, donc des exigences sociales.
L’OFCT travaille aussi à donner du sens et de l’efficacité aux CHSCT, instance qui appartient aux travailleurs et avec laquelle ils peuvent faire bouger les organisations et conditions de travail, les choix politiques des employeurs.

L’OFCT met également en débat trois idées, trois questions fortes
- celle du salaire à vie à fin de sortir du chantage à l’emploi, de socialiser toute la valeur ajoutée,
- celle de la précarité, repensée à partir du travail et non de l’emploi. A travail, qualification et ancienneté égales, nous pouvons construire la preuve d’une discrimination au travail, dans le statut, le salaire, et les conditions de travail. Parce que le principe de non discrimination fait partie des droits humains fondamentaux.
- La création d’une inspection du travail dans la fonction publique, l’employeur ne doit plus être juge et partie.

Reprendre la main sur le travail, c’est reconstruire des possibles pour retrouver du pouvoir de dire, qui génère celui de faire pour retrouver du pouvoir d’agir. C’est commencer à repenser l’émancipation sociale, c’est recréer de l’utopie. Ne manquons pas ce rendez-vous !