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SNPREES-FO

Intervention professeurs vacataires de Sciences Po

mercredi 9 avril 2014, par Webmestre

Nous sommes le collectif des professeurs vacataires de langues à Sciences po Paris, et plus largement des professeurs précaires.

Il y a plus de 270 professeurs de langues à Sciences po Paris, sur un total de 3 000 vacataires, et 190 personnels enseignants titulaires.

Pour préciser, le montant des heures d’enseignement dites complémentaires s’élève à 14 millions d’euros, soit l’équivalent de 1 000 postes de titulaires.

Certains vacataires sont des enseignants titulaires en poste dans d’autres établissements.

Nous sommes plusieurs collègues à Sciences Po à être au contraire vacataires à plein temps dans l’Enseignement supérieur, notamment en langues, et pendant des années, nous avons eu des services pouvant atteindre 12 h hebdomadaires, ce qui représente une part importante de nos revenus mensuels.

Il faut savoir que Sciences Po. a un régime particulier : c’est un Grand Etablissement, l’IEP, géré par la Fondation nationale des sciences politiques, de statut privé.

Nous n’avons ni les droits du privé, ni les droits du public.

En effet,
- Nous n’avons pas de contrat, mais des décisions d’engagement, signées après le début de chaque semestre, (et qui permettent à la direction d’annuler une décision d’embauche sans aucun recours possible) suite à des « propositions » d’enseignement faites à l’oral ou à l’écrit, mais sans valeur contractuelle, et totalement réversibles selon le nombre d’étudiants inscrits, les salles disponibles…
- Nous ne cotisons pas à l’IRCANTEC, mais à L’AGIRC et à l’ARCO (complémentaires retraites et retraites cadres privées). En revanche, nous cotisons pour le chômage.
- Mais cependant, comme la Fondation privée agit pour le compte de l’IEP, c’est le décret de 1987 sur les vacataires qui s’applique à nous, et pas le Code du Travail, beaucoup plus protecteur.
- Nous n’avons pas de congés payés, pas d’arrêt maladie (dans ce cas, heures annulées ou reportées), si état de grossesse d’une enseignante, annulation des cours par le responsable du département !
- Nous n’avons pas vu d’augmentation du taux horaire depuis 20 ans.
- Il n’y a pas de considération de l’ancienneté pour l’attribution des cours disponibles.
- Il peut y avoir des suppressions du jour au lendemain d’enseignements, malgré le travail de préparation déjà réalisé. Nous avions obtenu il y a quelques années, avec FO, une compensation financière.
- Certains professeurs ont demandé à continuer les heures d’enseignement en étant retraités par ailleurs, refus de la direction, et fin de leurs engagements prévue pour septembre 2014.
- Enfin, aucune réunion pédagogique n’a lieu, on se demande quel est l’intérêt des étudiants dans ce cadre où les professeurs n’ont aucune possibilité de discuter les contenus, les programmes, les évaluations de nos étudiants.

En septembre 2013, la direction a pris la décision unilatérale de réduire les heures d’enseignement à 4 h par semaine par professeur, soit 48 h par semestre, 96 h par an, alors que nous pouvions effectuer jusqu’alors jusqu’à 320 h annuelles. Nos heures de vacations ont été attribuées à des dizaines de professeurs titulaires supplémentaires au département des langues.

Cette décision fait suite à l’opération « Monsieur Propre » lancée par l’administration, à la suite d’un contrôle de la Cour des comptes qui avait notamment constaté le versement de primes époustouflantes à certains membres de la Direction. A notre connaissance le trop perçu de primes n’a jamais été reversé, mais c’est nous qui sommes visés actuellement.

En septembre 2013, nous avons créé un collectif des Professeurs de langues de Sciences po, revendiquant des améliorations des conditions de travail.

Avec le SNPREES-FO, nous avons obtenu un rendez-vous avec la direction le 29 novembre 2013. La direction a justifié notre baisse d’heures d’enseignement par l’application du décret Fonction Publique sur les vacataires. Elle nous a dit, en quelque sorte : « Nous aimerions bien, mais nous ne pouvons pas ».

Nous avons eu un autre rendez-vous le 3 avril avec cette fois le SNPREES-FO et le SNPEFP-CGT. FO a démontré que, pour justifier sa décision de baisse de service, la direction nous appliquait de manière illégale le paragraphe du décret qui concerne… les fonctionnaires titulaires, et qu’elle avait le droit de nous maintenir nos services.

Cette fois, la réponse, c’est : « Oui nous pouvons, mais nous ne voulons pas ».

Nous avons néanmoins obtenu quelques miettes comme l’attribution d’heures le semestre suivant pour compenser une non-ouverture de conférence.

Des vacataires qui ne disent rien et qui subissent, taillables et corvéables à merci, c’est ce qu’ils souhaitent. Et dès qu’il y a une protestation, il y a des mesures de rétorsion.

Nous avons décidé de continuer, notamment en utilisant et en faisant respecter les droits syndicaux, en faisant connaître notre situation et notre action.

Je termine en donnant une autre information : il existe aussi dans les Universités des vacataires avec des services importants, qui pourrait voir leur situation stabilisée, comme à Rennes et ailleurs. Et là également, c’est le même langage.

Nous faisons partie de ceux très nombreux qui n’ont pas été inclus dans le dispositif de la loi Sauvadet. Nous voulons être reconnus, avoir des droits.

Nous allons continuer la lutte pour nos droits, mais étant « invisibles », il nous est très difficile par exemple de faire grève.