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TEMOIGNAGES D’ETUDIANTS SUR LEURS CONDITIONS D’ETUDES

lundi 7 avril 2014, par Webmestre

Aujourd’hui, le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche ne répond pas aux enjeux de la réussite de tous. La pénurie budgetaire sur les universités vient remettre en cause les conditions d’études des étudiants et le manque de protection sociale des étudiants favorise l’échec universitaire des jeunes et donc leur capacité a sortir de l’enseignement supérieur avec un diplôme de qualité qui doit les protéger sur le marché du travail. Les cas ne sont pas isolés : de l’université d’Aix Marseille où la dégradation de l’immobilier remet en cause notre cadre d’études, à Paris 3 où les services administratifs ne permettent pas un encadrement suffisant, en passant par Paris 8 ou le manque de protection sociale ne permet pas à de nombreux jeunes de réussir à l’université, les conséquences le sous financement de l’enseignement supérieur met un frein réel à sa démocratisation. A travers ces différents témoignages, l’UNEF met en lumière des cas d’étudiants pour lesquels le manque de moyens financiers remet en cause la réussite de tous.

Lara Bakech, étudiante en L2 Médiation Culturelle à Paris 3

Aujourd’hui être étudiante à Paris 3 revient surtout à galérer administrativement. Je suis en L2 de Médiation Culturelle et j’ai certainement passé plus de temps à poser des questions dans les secrétariats (souvent sans recevoir de bonne réponse) que n’importe quel étudiant d’une autre université. Déjà, lorsque nous avons la moindre question, le
moindre problème, il est dur d’entrer en contact avec un membre de l’administration pour la simple raison que les horaires de secrétariats sont incompatibles avec nos horaires de cours. Ensuite lorsque nous parvenons enfin à trouver un créneau pour parler à nos secrétaires, il n’est pas rare qu’ils n’aient pas la réponse à notre question ou nous renvoient vers un autre secrétariat, là encore fermé. Si cela était le seul problème, nous pourrions encore passer outre, mais chaque semestre cela ne manque pas à la période de remise de relevé de notes nous pouvons être sûrs qu’il y aura des erreurs dans celui-ci : absences injustifiées alors que nous étions présents à l’examen, un 2 au lieu d’un 12, etc. A tel point que certains de mes camarades de classes en ont fait un jeu, celui qui aura la plus grosse erreur aura gagné. Mais à chaque erreur c’est plus d’un mois d’attente pour voir notre relevé corrigé et des allers retours quotidiens dans les secrétariats pour espérer avoir une réponse. Ces problèmes-ci sont plutôt simples à régler pourtant ils restent récurrents. A tel point que l’année dernière fatiguée de me battre pour ce qui me revenait de droit j’ai fini par abandonner et accepter que sur mon bulletin apparaisse une Absence Injustifiée alors que j’avais été présente au partiel. Cela m’a largement baissé ma moyenne générale.

Je vous laisse donc imaginer que lorsque des problèmes aussi simples prennent une telle ampleur, les problèmes plus compliqués et délicats sont quasiment impossible à résoudre. Au premier semestre de ma L1, fraîchement arrivée de ma province, je n’ai pas eu les bonnes informations concernant mes possibilités d’avoir accès aux aides sociales. Le bureau des bourses ayant fermé avant mon arrivée à l’université, les assistantes sociales étant surchargées et la queue au CROUS de Port Royal dépassant les 3 heures d’attente, je n’ai jamais pu avoir de réponses aux questions que je me posais et je suis donc passée à côté de la possibilité d’avoir une bourse. J’ai donc été obligée de me salarier et de me mettre en contrôle terminale et là encore un nouveau parcours du combattant administratif a commencé.

A cause du manque de budget à Paris 3, les étudiants n’ont plus d’interlocuteurs car les secrétaires sont surchargés et indisponibles, nous laissant complètement à l’abandon et nous poussant souvent à renoncer à ce dont nous avons droit !

Arsène Rhulmann, 21 ans, Master Affaires Publiques, Sciences Po Paris

"Nouvel étudiant à Sciences Po, j’ai eu la joie de découvrir le système tout particulier de frais d’inscriptions pratiqué dans cet établissement. Premier point, et je m’y attendais : ils sont d’un niveau particulièrement élevé (jusqu’à 13.500€ en master). Fils de fonctionnaires, gagnant relativement bien leur vie, je savais que j’allais devoir payer une somme considérable par rapport aux revenus réels de mes parents (qui contrairement aux frais d’inscription de l’IEP sont gelés depuis plusieurs années). Première surprise : le barème “progressif” se base sur des critères absurdes. Ainsi, c’est le revenu brut avant déductions (pensions alimentaires, emprunts etc.) et non le revenu imposable qui est pris en compte. Ayant deux sœurs, mes parents bénéficient d’une part fiscale entière pour le troisième enfant : à Sciences Po les règles fiscales sont différentes et seules une demi-part est accordée... L’un dans l’autre, j’ai dû m’acquitter de frais d’inscription astronomiques que mes parents ne pouvaient pas payer. J’ai dû contracter un prêt étudiant pour payer ma scolarité en master... et me voilà endetté sur 7 ans de plusieurs milliers d’euros avant même d’avoir commencé à travailler ! Mes parents qui se portent garants de ce prêt et sont prêt à en assumer une partie, restreignent les dépenses par ailleurs : pas question de quitter le domicile familial à moins de me salarier, les frais de scolarité avalant une somme déjà considérable. Ce système particulièrement injuste a des effets qui se font sentir au quotidien, de même que pour nombres d’étudiants. J’estime que l’éducation n’est pas une valeur marchande et doit être gratuite, ce n’est pas aux étudiants d’assumer le coût d’une formation qui bénéficie à toute la société, voire même directement à l’État pour tous les étudiants s’orientant vers des métiers publics ».

Annaël Lombe, étudiant en droit à Paris Créteil

Aujourd’hui dans l’UFR de droit dans lequel je me trouve, les problématiques budgétaires nous les vivons au quotidien. Au mois mars dernier, j’ai appris que l’UFR avait décidé de réduire les td de trente minutes pour le semestre prochain. Lorsqu’on voit le taux d’échec en licence et plus particulièrement en première année, réduire le temps alloué aux travaux dirigés, c’est réduire les possibilités pour nous de réussir car le travail dirigé est le seul endroit où on peut poser nos questions, revenir sur ce qu’on aurait pas compris et pousser notre réflexion sur la matière. D’autant plus que les travaux dirigés comptent à cinquante pour cents dans la note finale de la matière. Réduire les horaires de td, c’est réduire l’encadrement auquel nous pouvons avoir accès et accroître les inégalités entre étudiants. Je prends mon exemple, avant d’être en droit, je n’en avais jamais fait, alors que d’autres ont des parents
travaillant dans le milieu juridique et ont déjà côtoyé la matière.

Ajouté, l’UFR pense supprimer les polycopiés délivrés et le travail dirigé de la troisième matière fondamentale, alors que l’on connaît la complexité de ces matières. N’avoir plus que deux matières fondamentales, c’est rendre nos études plus difficiles et voir le risque de décrochage s’accroître. La suppression des polycopiés représente un coup non négligeable, quand on voit la taille des polycopiés, multiplié au nombre de td par semaine et que je n’ai pas accès à une imprimante et que j’ai déjà du mal à finir les fin de mois avec ma bourse échelon 1.

Audrey Allard, étudiante en L3 Lettres Modernes à Paris Diderot

Je suis étudiante en L3 Lettres Modernes au sein de l’université Paris 7- Diderot. Depuis mon arrivée à l’université, j’ai vu progressivement une certaines dégradations des conditions d’études au sein de ma filière. En effet, lors de mon arrivée, nous étions une vingtaine en travaux dirigés permettant un meilleur encadrement ainsi que de faire des exposés à l’oral. Au fur et à mesure des années, j’ai vu le nombre de choix de TD par matière diminuer passant d’un choix de 5 TD à 3 voire 2. Ces diminutions ont entraîné que l’on atteigne une quarantaine d’étudiants par TD en L3 et aussi dès la L1. C’est suppressions du nombre de TD est une conséquence directement liée aux difficultés budgétaires que rencontrent les universités. A Paris 7, c’est une quarantaine de postes supprimés depuis 3ans. D’ailleurs, dès les premiers cours, la moitié des profs expliquent que les TD surchargés sont dus aux restrictions budgétaires imposées par l’université.

Ces restrictions nuisent directement à nos conditions d’études ainsi qu’à notre réussite.

Pour finir, ces sureffectifs entraînent un échec important et un abandon des étudiants à suivre les TD.

Mael Tichani, étudiant à Lille 3

Les problèmes budgétaires à l’Université, on les ressent avant tout par des petites choses, qui finissent par s’accumuler. Par exemple, en début d’année, nous nous sommes retrouvés à avoir cours dans des salles trop petites, si bien que certains étudiants n’avaient pas de place en arrivant en cours. Je pense que même les enseignants le ressente : on nous a souvent répété qu’il y avait une pression d’exercée, notamment au niveau des impressions, ce qui a fait que nous nous sommes parfois retrouvés à devoir partager un polycopié pour deux, ou à
devoir imprimer des corpus de plusieurs dizaines de page. Ces petites choses finissent par avoir des conséquences concrètes : dans ma promo de L2, alors que nous étions environ 80 en septembre, nous ne sommes plus que 60 en mars. Je commence déjà à m’interroger sur ma poursuite d’étude : dans l’ensemble des UFR de mon Université, les volumes horaires en master ont baissé de 10%, et je n’ai pas forcément les moyens de déménager à Paris pour étudier dans une université moins touchée par les coupes budgétaires.

Hadrien Maury-Casalta, étudiant en L1 de droit sur le site Saint-Hippolyte à Paris 1

Depuis maintenant deux ans, lorsqu’il pleut, l’ensemble des étudiants en licence de droit de Paris 1 peuvent en profiter.
L’eau coule le long des murs jusqu’à former des flaques devant l’escalier au dernier étage du centre René Cassin, ou encore à l’entrée arrière de l’amphi II, devant l’un des escaliers qui permettent d’y descendre.

L’infiltration permet donc à l’administration de revoir la déco du bâtiment à peu de frais. La peinture se décolle, des coulées de couleurs étranges commencent à habiller les murs...
Ces changements, bien que peu couteux, semblent aussi être dangereux. Les flaques ayant tendance à se former devant les escaliers sans être nettoyées, il vaut mieux éviter d’être distrait pour les emprunter. Mais aucun travaux n’est à l’ordre du jour pour régler le problème. Aux usagers de s’en accommoder et de faire attention pour éviter la chute.

Mathieu RAFFINI, étudiant à Aix-Marseille

L’université d’Aix-Marseille, de par ses effectifs (72.000 étudiants) a de nombreuses implantations, que ce soit sur Aix, Marseille ou des sites délocalisés. Une des problématiques les plus rencontrées est celle de la dégradation évidente des locaux, et donc des conditions d’études.

A Marseille tout d’abord, 2 sites connaissent de vrais problèmes de dégradation de locaux : Sant-Charles et Saint-Jérôme. Amphithéâtres délabrés, bâtiments non sécurisés, laboratoires non-équipés, problèmes de chauffage... Ces problèmes, qui ne favorisent pas la réussite des étudiants sont d’autant plus accentués sur Saint-Jérôme par le fait qu’il s’agit d’un site de proximité dans les quartiers nord de Marseille, qui est aujourd’hui totalement délaissé par l’université.

La fac de Lettres à Aix, cas d’école de locaux dégradés : mis à part deux nouveaux à l’entrée dédiés à la maison de la recherche, les conditions d’études sont déplorables. Ainsi, le bâtiment central qui n’a connu aucune rénovation d’ampleur depuis les années 60 perd ses murs par pans entiers (des filets de protections sont installées tout le long des murs), la quasi-totalité des amphithéâtres tombent en ruines, les salles de TDs ne sont pas équipées, le matériel pédagogique reste très peu adapté (en particulier pour les langues et la psychologie).

Depuis deux ans et la création de l’université d’Aix-Marseille, la situation ne se fait que se dégrader. Nous nous retrouvons dans des amphithéâtres de 400 places à 800, ou dans des TDs à 50. C’est tout le travail d’encadrement et de pédagogie qui ne peut avoir lieu, et donc la réussite des étudiants qui en pâtit énormément. Un plan de rénovation des campus est prévu, mais là encore rien n’est prévu pour le suivi des étudiants qui risquent de devoir se déplacer d’un site universitaire à un autre.

Victor Albert Blanco, étudiant à Paris 8

A Paris 8, le manque de moyen se fait sentir. La conséquence de cette insuffisance menace certaines filières ou instituts de notre université. Ces derniers mois, les conseils centraux de l’Université ont débattu sur la suppression de certains diplômes tels que le DESU Art Thérapie (attaché à l’Institut d’Enseignement à Distance) ou le master Maghreb Europe. Affectés par un manque d’encadrement d’enseignants et des moyens insuffisants, la solution prônée par la direction de la fac et/ou des UFR où ils sont attachés, c’est leur suppression. Plus récemment,
l’UFR Langues a décidé de supprimer les licences de LLCE d’hébreu, italien, allemand, portugais et russe. La décision pas encore validée ou non par les conseils centraux de l’Université a été prise sous l’excuse que ces filières ont très peu d’étudiants. Malgré de faibles effectifs, ces formations complètent une offre de formation en langues unique à Paris 8. La direction de l’UFR affirme que les étudiants qui sont déjà inscrits pourront finir leur formation, mais malheureusement les étudiants qui redoubleraient se retrouveraient dans une situation instable, car il n’y aura pas l’offre des cours L1.

Pierre Leroy, étudiant en L1 Histoire Géographie à Bordeaux 3

Je suis étudiant en première année de licence d’Histoire Géographie à l’Université Bordeaux Montaigne. En sept mois de cours passés à l’Université j’ai pu constater les effets directs, qu’ils soient matériels ou pédagogiques, du désinvestissement financier de l’état dans les universités.

En effet la plupart de mes cours en amphithéâtre se font en « Amphi 700 », le plus
grand de l’université, jamais chauffé cette année. Je sais aussi que plusieurs parties de bâtiments principaux sont amiantés.

Étant obligé de me salarier pour financer mes études, je bénéficie du « statut d’étudiant dispensé » me faisant passer uniquement du contrôle terminal. A mes examens du premier semestre, lors de l’oral d’Histoire Médiévale, par faute de salles, j’ai passé mon oral en même temps que deux autres étudiants : nous étions ainsi dans la salle 6 étudiants (3 examinés, 3 se préparant) et 3 enseignants. Ces conditions d’études et d’examens sont inacceptables et l’état doit réinvestir de toute urgence dans le service public qu’est l’université pour nous permettre d’étudier décemment.