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SNTRS-CGT

Le dialogue social au CNRS en berne

lundi 7 avril 2014, par Webmestre

Depuis la parution du communiqué de presse du SNTRS-CGT sur la souffrance au travail le 7 février 2014, suivi de l’article du Monde en ligne le 17 février sous le titre « le burn-out des labos », la Direction du CNRS met tout en œuvre pour discréditer le SNTRS-CGT aux yeux de tous, les autres organisations syndicales comprises. Nous allons décrire la situation en cours et tenter une analyse.

Notre communiqué du 7 février a eu « l’outrecuidance » de faire un lien entre les trois suicides d’agents du CNRS au mois de janvier et la souffrance au travail. Sans vouloir entrer dans le détail des cas qui nous ont conduits à prendre la décision de communiquer sur ce sujet, nous allons exposer ici la réaction de la Direction du CNRS.

Les syndicats ont eu, depuis cette diffusion, quatre réunions avec la Direction. Tout a commencé par une réunion en visioconférence (non prévue dans l’agenda social) entre le DGDR et les secrétaires généraux de tous les syndicats. Le la était donné par la Direction qui n’a pas décoléré pendant deux heures à propos de la parution de notre communiqué de presse. Les autres organisations syndicales n’ont dit mot, ou si peu. Cela n’a pas empêché la récupération, par deux syndicats, avec l’envoi de messages au sujet de la souffrance au travail à l’ensemble des personnels du CNRS dans les jours qui suivirent cette première réunion.

L’agenda social 2014 a commencé avec une première réunion DRH/organisations syndicales le vendredi 14 février. Durant cette réunion, l’Administration s’est refusée à débattre des différents sujets que nous avions demandé de mettre à l’ordre du jour, tels que le logiciel AGATE, les primes, les moyens attribués au CHSCT, les résultats des examens professionnels réservés de 2013... La Direction explique que « les réponses à nos courriers seront faites à l’écrit, rien ne sera dit à l’oral compte tenu de notre capacité à déformer ses propos » (sic) !!! Nous pouvons admirer ici la conception du dialogue social...

Le lundi 17 février se déroulait une réunion Présidence/organisations syndicales. Le sujet des suicides en janvier 2014 était à l’ordre du jour et, là encore, la Direction du CNRS a continué à se déchaîner contre le SNTRS-CGT... Ce jour-là paraissait l’article du Monde : crime de lèse-majesté, le CNRS est associé à la souffrance au travail dans la presse nationale !

Le jeudi 20 février a eu lieu la première réunion de l’année du CHSCT où il était impossible de calmer la Direction qui continuait son sempiternel sermon à notre égard...

Il faut cependant savoir que le dialogue social est en panne bien avant février 2014. Souvenons-nous de toute l’énergie consacrée par le SNTRS-CGT à la résorption de la précarité et la fin de non-recevoir en face de nous de la direction qui n’a rien fait pour que la loi Sauvadet s’applique dans notre organisme (le dernier événement en date étant les 10examens professionnels pourvus pour la campagne 2013 pour 37 postes ouverts !). Souvenons-nous des dossiers statutaires pour lesquels la direction n’a pas dû intervenir avec beaucoup de zèle auprès du ministère : 1 an de retard pour la mise en place des 2 échelons supplémentaires pour les AI, les améliorations statutaires en stand-by, y compris un dossier qui aurait dû être réglé depuis longtemps, celui de la classe exceptionnelle des chargés de recherche (on leur ouvre maintenant la possibilité de passer en classe exceptionnelle des maitres de conférences). Le refus permanent d’anticiper toute règlementation en voie d’être prise par la fonction publique, le dernier exemple en date étant celui du Protocole d’accord relatif à la Prévention des risques Psychosociaux dans la fonction Publique. Ajoutons le zèle mis à mutualiser les services et à dissoudre le CNRS dans les universités.

Alors arrêtons-nous sur ce que nous avons réellement fait pour que cette colère ne dégonfle pas. D’après la Direction, nous aurions par notre communiqué « sali l’organisme », « manqué de loyauté envers l’organisme », « peut-être incité les agents au suicide », « osé faire le lien entre la souffrance au travail et des suicides même s’ils se sont déroulés en dehors du lieu de travail ».

Soyons un peu sérieux : la Direction nous accuse d’irresponsabilité et d’avoir rédigé un communiqué « suicidogène », alors que notre seul tort est de dénoncer les conditions et l’organisation du travail qui menacent la santé des personnels. N’inversons pas les rôles : la souffrance au travail et la détresse qui en découlent c’est bien l’organisation du travail qui les déclenche, ce n’est pas notre article ! Arrêtons d’être naïfs et comme certains de vouloir dédouaner la Direction en renvoyant la responsabilité au seul Ministère : celle-ci est coresponsable de la chasse aux contrats, de la course vers la pseudo excellence, des excès de la bibliométrie.

Une étude publiée en mars 2013 (M.Géhin et M. Raoult-Monestel) montre la place centrale du travail dans les gestes suicidaires : dans deux tiers des cas, le geste suicidaire commis par un salarié est en lien avec son travail. Sans commentaire...

Au nom de quoi la loyauté à l’organisme devrait-elle être un élément supérieur à la souffrance et la détresse de certains agents ? C’est par loyauté, parce que nous voulons que la souffrance cesse au CNRS, que nous refusons de la cacher.

Alors pourquoi vouloir s’en prendre systématiquement au SNTRS-CGT ?

Il est bien connu que l’attaque est la meilleure défense, mais là n’est pas la seule motivation de la Direction. Nous avons surtout eu le tort de porter l’affaire sur la place publique dans un grand quotidien comme le Monde !

Un autre élément dans cette réflexion : nous sommes la première organisation syndicale au CNRS, nous sommes présents sur le terrain et nous travaillons nos
dossiers. Par nos actions et notre travail, nous dérangeons la Direction de l’établissement, qui préfèrerait sans nul doute une suprématie de syndicats moins vaillants, mais surtout plus consensuels que le SNTRS-CGT. Les élections de fin 2014 sont en ligne de mire pour tous et aussi pour la Direction. Le « SNTRS-CGT bashing » est en marche. Alors ne nous laissons pas intimider.

En effet, la réaction de la Direction a au moins deux buts : intimider l’ensemble des syndicats (y compris nous) avec des menaces de poursuites judiciaires récurrentes dès qu’on la dérange ; chercher à nous isoler et à nous discréditer.

Là encore, ne nous trompons pas : cette attitude de taper sur le SNTRS-CGT est antérieure à la publication de ce communiqué. Par exemple, au mois de décembre, le DGDR en tournée à Rennes a publiquement attaqué notre syndicat devant des agents du CNRS à propos du boycott des CAP. Est-il nécessaire de rappeler que cette action était intersyndicale ?

Tous nos camarades travaillant sur le terrain sont confrontés aux dégâts liés à la souffrance au travail, en connaissent bien les différentes causes et consacrent beaucoup de temps et d’énergie à aider les agents et à dénouer des situations complexes. Nous ne sommes pas des irresponsables mis en pâture à la vindicte publique, mais des syndicalistes soucieux du bien-être de chacun. Il est clair que nous dérangeons tous ceux qui font passer tout type d’intérêt avant la recherche de la vérité. Nous devons garder le cap et continuer notre travail, les collègues ont besoin de nous et s’adressent à nous, n’en déplaise à la Direction. Des réponses de collègues à notre communiqué nous remerciant pour notre démarche en témoignent. Nous avons juste eu le tort d’avoir raison et le courage de le dire.

« Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire », Jean Jaurès.

Article du BRS N°468 de mars 2014